Cultivé et vacciné

paradise_006_lg.jpgNos supermarché nous offre quelques 45 000 produits alimentaires différents. Que doit-on manger et comment choisir ce qu’il y a de mieux? C’est un peu par cette question que l’écrivain et journaliste américain Michael Pollan débute son livre « The Omnivore’s Dilemma : A Natural History of Four Meals« . On y trouve une analyse très fine de ce que mangent les Américains et en grande partie nous aussi Canadiens. Entre autres filières, l’auteur s’intéresse à ce que l’on donne à manger aux animaux, aux sources d’énergies utilisées, à la transformation des aliments et à leur mise en marché. Il dresse ainsi un portrait détaillé de l’agriculture industrielle et des alternatives en émergence aux Etats-Unis.

En ce qui concerne la cultures industrielle, dominée de loin par le maïs, j’ai retenu ces faits troublants qui ne sont pas sans nous enlever le goût du pâté-chinois :

  • La plupart des ingrédients qu’on retrouve dans la nourriture préparée et qu’on peut lire sur les emballages (lécithine, acide citrique, gomme de xanthan, etc.) sont dérivés du maïs.
  • Un quart de tous les produits alimentaires vus dans les épiceries contient du maïs. Presque tout ce maïs pousse dans le midwest américain.
  • Immangeable par l’homme, ce maïs industriel n’est destiné qu’aux vaches, poules et cochons, ou pour en extraire des dérivés chimiques.
  • Les champs immenses, à perte de vue, ou poussent le maïs sont de véritables désert, pas d’oiseaux, peu d’insectes sur les plants ou dans le sol, la faune y est presque absente. L’état américain de l’Iowa est dans son ensemble une vaste monoculture.
  • Le maïs ne peut survivre en dehors des champs ou il est cultivé. La plante a évolué en la compagnie des hommes et exclusivement pour ceux-ci.
  • Les plantes puisent normalement leur énergie du soleil, mais ce n’est plus le cas pour la plupart des plantes commerciales, et particulièrement pour le maïs.
  • La ‘révolution verte’ n’aura été finalement qu’une conversion à la pétrochimie, notamment en de l’engrais qui est devenu la seule source de nutriment et d’énergie pour la plante.
  • Pour ces raisons, l’agriculture industrielle est maintenant dépendant du pétrole étranger, tout comme le sont nos voitures. Nous avons donc échangé une énergie libre et gratuite – le soleil, pour de l’énergie très couteuse et souvent associée à des conflits guerriers.
  • La quantité d’azote disponible sur terre est limitée, on peut facilement la calculer. Sachant que l’azote est l’ingrédient fondamental de l’ADN et connaissant la quantité qu’il faut pour la fabriquer, on sait approximativement combien d’êtres humains peuvent être soutenus par cet élément.
  • Ainsi, n’eut été de Fritz Haber (étonnant savant) qui en 1909 a découvert comment extraire l’azote de l’atmosphère, la population mondiale aurait plafonnée à environ 3.6M d’individus, tout simplement faute d’engrais pour soutenir les cultures propres à leur alimentation.
  • Les vaches ne sont pas faites pour manger du maïs. Cette plante les rend malade, transformant le ph neutre de leur estomac en un bain acide indigeste, en plus de beaucoup d’autres problèmes. C’est une des raisons pourquoi on leur donne des médicaments, vaccins et antibiotiques. Économiquement, c’est plus rentable de procéder ainsi que de leur donner du fourrage de bonne qualité.
  • Pour amener une vache à maturité il faut l’équivalent de 35 gallons de pétrole (je me suis amusé à calculer la quantité nécessaire pour tout un troupeau, puis pour toutes les bêtes de l’ouest: on comprend la soif du pétrole qu’on les américains).
  • Les vaches sont infectées par la bactérie E. coli seulement si elles mangent du maïs. Les vaches nourries d’herbe ne sont jamais contaminées. Si on leur donne de l’herbe tout juste une semaine avant l’abatage, la bactérie sera éliminé de leur système. Quand même, l’industrie préfère irradier la viande plutôt que de bien nourrir les bêtes, c’est plus facile et coûte moins cher.

Plus loin, l’auteur décrit avec force et détail les mécanismes de subventions aux éleveurs, qui si elles étaient justifiées et équitables à leur début, ne le seraient plus aujourd’hui. Il y a nettement du favoritisme pour cette industrie au dépend d’alternatives plus naturelles et plus propres. J’y reviendrai peut-être plus tard.

Le grand intérêt de ce livre est non seulement de nous apporter une vision plus globale de ce nous mangeons, mais aussi une plus grande conscience des répercussions sociales et écologiques de nos choix alimentaires. « The Omnivore’s Dilemma » prône une agriculture plus soucieuse de la nature et de la santé des être humains. C’est aussi un encouragement à faire une sélection plus responsable des aliments que nous mettons dans notre panier !

REF:[1] The Omnivore’s Dilemma : A Natural History of Four Meals, par Michael Pollan. 2007. [2] Image ‘The Farm‘ par Alexis Rockman.

[Complément] Voir L’avenir est dans l’oeuf.

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