Lundi, octobre 22, 2007
Il dit: « Danse pour moi. ». Et il dit encore: « Tu es trop belle pour que le vent te morde, que le soleil te brûle. » Et enfin il dit: « Je suis un pauvre loqueteux, mais ne hais point un danseur triste et les anges qui dansent. »

(dessin de Sarah Awan)
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Samedi, octobre 6, 2007
Québec, début octobre 2007. Il faut chaud. En pleine canicule d’automne. Sous la moiteur du matin, la ville encore endormie embaume ses pavées, ses jardins et ses femmes.
Un appartement sous les combles. Mon cocon depuis deux semaines. Dans la chambre, un lit, une table de travail, deux chaises et une fenêtre qui laisse pénétrer ce qui reste de lune.
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Mercredi, septembre 19, 2007
Entre la lune à paraître et le soleil couchant, c’est la petite heure. C’est l’heure où l’ammophile même en dansant, déclare sa peine sous un vent insistant. A la petite heure, les ombres viennent et s’étirent entre les buttes, c’est la course folle à l’heure des désirs et des luttes. À la petite heure, le renard glapi au loin sur la dune, c’est l’heure où les chagrins se marient aux cornes de brume. La marée qui montait s’est retirée sur la batture, mais laisse sur le sable traîner sa chevelure. Passé la petite heure, les doigts sont liés par des noeuds caressant. Jusqu’au petit jour. …, tous les mots que je t’ai dit avant, je les reprend - La petite heure est une dune à l’intérieur qui attend son sablier.
[Dune du Nord aux Iles-de-la-Madeleine - sur Wikimapia]
La Dune du Nord est une plage de sable longue de plus de 33 km reliant les îles de Cap-aux-Meules et de Grosse-Ile, en passant par celle de Pointe-aux-Loups en plein centre.
[...]
il disait les sables dans les sables
dedans
toujours une dune
après celle qui vient d’être passée
il ne retenait rien
dans sa main ne pesait
que le poids de l’air
comme s’il ne pouvait rien garder
au passage
lui-même passant
dans un courant trop lent
ou bien trop vite
[Antoine Émaz: Poème des Dunes, Éditions Points, 2007 - Ref: Terre de Femmes.]
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Lundi, août 13, 2007
Pourquoi la mer et pas la montagne. Pourquoi la gloire et pas la peine. Parce que je ne veux pas m’abîmer. Baigné de larmes bleus. On n’y échappe pas, d’aucune manière, à la propension universelle. Ce qui m’accable, ce n’est pas la montagne, mais les souris dont accouche la montagne. C’est le poids des structures. La surface de tout ce que touche politiciens et faiseux. Ce qui m’écoeure, c’est de les voir drainer des ruisseaux aulneux pour bâtir des rêves armés de béton. C’est le poids de la ville. Et ici je l’oubli. Une journée qui s’allonge dans la tiédeur d’une petite heure sous les couvertures. Enfoncé tout creux comme un naufragé - qui commence à goûter le sel, la salicorne et le jasmin. Un petit sac de graines, une chopine de vin que je choppe en passant, à bécoter la Vénus de mille Oh…
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Vendredi, août 3, 2007
Aujourd’hui, plus que jamais, l’utopie est un devoir.
Albert Jacquard, Mon utopie. Édition Stock 2006.
C’est avec les utopies qu’on construit l’avenir et avec les rêves qu’on avance.
Michel Boujenah - acteur et humoriste français, né 1952.
Une carte du monde qui n’inclurait pas l’Utopie n’est pas digne d’un regard car elle écarte le seul pays auquel l’Humanité sans cesse aborde.
Oscar Wilde - écrivain irlandais, né 1854.

Thomas Moore. Utopia, Carte de l'île et alphabet utopien.dition de Louvain, 1516 dans une version mise en couleurs.
L’humanité finira par renoncer à son exploitation effrénée de la nature, à sa somatophobie, à la frénésie de l’argent et du rendement à tout prix. Elle se réconciliera avec sa nature et reconnaîtra à chacun le droit à la liberté. Un jour, chacun aura le droit d’être ‘nu’. - Tous les livres du monde n’auraient pu m’apprendre cette chose pourtant infime, découverte par hasard. Pré-science ou simple disponibilité d’une petite heure? Une découverte qui ne pourra me quitter: on ne voit bien le monde que sur le petit promontoire du vieux phare au kilomètre cinquante-trois de la ‘ligne de train’ qui relie Québec à Pointe-au-Pic.
Sur une carte du monde, tout près de vous, ou se trouve votre Utopia?
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Mardi, juillet 17, 2007
Après avoir bien rêvé, juché sur ma butte, il est temps de refaire le monde. Les autres lunatiques iront marcher en pleine rue pour chahuter un peu, moi j’ai un nouvel espoir.
Après avoir bien rêvé sous le ciel, je me suis dit que je pouvais retourner la voir. Je n’ai pas le choix. Il me faut faire un trou dans le fouillis de vesces et de millepertuis. C’est par là que je passerai. - Je n’ai jamais si bien senti mon appartenance à la terre qu’étendu là, à deux pas du souffle originel de la mer, les yeux perdus au ciel, dans cet été si parfaitement chaotique, si semblable à ce que je suis, qu’on ne sait plus lequel se confond dans l’autre.
Tous les livres du monde n’ont pas pu m’apprendre cette chose pourtant infime, découverte par simple disponibilité. Je suis un esclave. Je donnerais ma vie pour une heure passée dans ses bras. Et je fais comme si. Tandis que couché là je refais une juste approximation des choses, la mer, le ciel, les parallèles et les courbes me fuient. Un vertige comme sur le bord des falaises.
Si riche est l’illusion que je pourrais céder si des corneilles ne prenaient du temps à passer dans mon champ de vision, ou vont-elles? Qu’un peu de ciel s’embrase. Qu’un dernier nuage passe. Et j’effleure sa main.
Pour le reste, je serai soumis.
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Dimanche, juillet 8, 2007
Une histoire de pêche? Non. Même si j’adore pêcher à la mouche je le fais rarement, peut-être par amitié pour les poissons et plus exactement pour l’Omble de Fontaine - on dit ‘un’ Omble, seule espèce de nos eaux qui m’intéresse vraiment. Omble trop bien tapi à l’ombre d’une souche sous la lourdeur du soleil. Parfois, le temps à attendre semble top court, comme si la vie n’allait durer que ce jour, alors qu’en d’autres moments, le temps est un bout d’éternité. Je suis d’une patience finalement inentamée, faite d’images qui se dessinent tout le long des chemins de canots.
Le poète sicilien Lanza del Vasto a écrit deux vers sublimes qui résument tout:
Au fond de chaque chose un poisson nage.
Poisson, de peur que tu n’en sortes nu
Je te jetterai mon manteau d’images.
On pourrait traduire ces vers ainsi: «Au fond de chaque chose il y a une vérité. Vérité, de peur que tu sortes nue, Je te jetterai une histoire.» Un manteau d’images, c’est aussi une histoire qu’on invente. Mes histoires de pêche sont longue comme <….. ça …..> mais la vérité est tout autre: que de petits poissons vite remis à l’eau.
* L’image est de Ray Troll.
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Lundi, mai 28, 2007
Le petit radis du printemps qui tient compagnie à ma ciboulette s’active joliment. La ciboulette est vivace, le petit radis écarlate. Rond, rouge, carmin ou rosé, radis du paradis. Cerise piquant et venu d’Asie. Bientôt coupé et couché, sur un lit de laitue. Arrosé d’une douce vinaigrette, saupoudré de vert cresson. Miss radis d’Asie, tu me piques la langue. Toute tendre à la croque, en commençant par le petit bout.
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Mardi, mai 22, 2007
Tout ce qui s’y trouve
Prend la valeur d’un trésor
Ton coeur ouvert comme un coquillage
J’ai bu l’eau salée à tes lèvres
Et juste sous l’équateur
J’ai avalé la perle
[à Hélène]
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Samedi, mai 19, 2007
Entre l’heure tout juste couchée et la lune à paraitre, ce sont tes yeux mon bonheur. Au vent léger de l’été à l’automne, sous les feuilles, après avoir souper, ils me regarde. Ils dévalent le temps. Certains jours, ce sont tes mains qui me tiennent compagnie. Devais-je toutes les nommer, corail et pourpres animés, je ne sais de quelle couleur est ta peau, ni tes joues allumées. Il y a un coup à boire, ce sont tes lèvres qui s’en souviennent. Le bonheur est une plage entière où l’on attend ses parents, ses amis puis ses amants. On attend la brunante. Les réverbères s’allument, le sable file. Et c’est un enfant. Le bonheur fait entrer les choses en elle-mêmes. C’est notre petite heure rien qu’à nous.
[temps numérique] « Durée périodique extrêmement brève, générée par la vibration d’un cristal de quartz excité électriquement, qui synchronise les millions d’opérations par seconde nécessaires au traitement des données par ordinateur ».
Pour Edmond Couchot, le temps numérique est une durée synthétique : « Il ne représente rien, il ne mesure rien ; il répète indéfiniment le même micro-instant, il synchronise, il opère. » Dictionnaire des arts médiatiques, Groupe de recherche en arts médiatiques - UQAM
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